En 2016, les Bouches-du-Rhône ont été le théâtre d’incendies de grande ampleur. Le mercredi 10 août, on a déploré cinq départs de feu autour de l’étang de Berre, à Rognac, Vitrolles et les Pennes-Mirabeau. Les installations pétrolières de Fos-sur-Mer ont été menacées et on a même craint pour la ville de Marseille qui était recouverte d’un épais nuage de fumée. Des habitations ont été détruites et trois personnes ont été blessées. Il est possible de voir des images satellite de ces incendies : une vue pendant l’incendie, une vue générale de la zone, une vue détaillée.

L’intervention d’environ 1.500 pompiers et 500 véhicules appuyés par 9 avions et 2 hélicoptères a été nécessaire (source préfecture des Bouches-du-Rhône).

De nouveau le lundi 5 septembre 2016, en fin de journée, un incendie s’est déclaré au col de la Gineste, entre Marseille et Cassis. Le mistral soufflait fort, 300 hectares ont brulé.

Ces catastrophes nous amènent à nous poser plusieurs questions :

  • Qu’est-ce qui est à l’origine de ces incendies ?
  • Quels sont les facteurs qui les favorisent ?
  • Ont-ils tendance à être plus ou moins nombreux aujourd’hui qu’hier ?
  • Quels sont les moyens de luttes contre ces incendies ?
  • Quelles peuvent être les mesures de prévention ?
  • Le massif de la Montagnette peut-il être/a-t-il été concerné par de tels incendies ?

Notre objectif n’est pas de répondre à toutes ces questions, mais de donner quelques éléments et des sources pour compléter les informations sur le sujet et, surtout, de nous arrêter sur le cas de la Montagnette.

Les feux de forêts en climat méditerranéen

Bien évidemment, les feux de forêt ne sont pas limités aux Bouches-du-Rhône, ni non plus aux régions méditerranéennes. Au cours de l’été 2016, on a déploré d’importants incendies au Portugal, en Espagne et au Canaries, en Californie…

Pourquoi des feux de forêt ?

Il ne s’agit pas, ici, de détailler les causes de ces incendies, elles ont été étudiées et présentées à travers une abondante littérature. On se rapportera, par exemple, au site de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, IRSTEA (anciennement CEMAGREF) et en particulier au dossier Incendies de forêt : comprendre le phénomène feu en région Méditerranée.

Pour les Bouches-du-Rhône en particulier, on trouvera de précieuses informations dans le « Plan Départemental De Protection des Forêts Contre l’Incendie Département des Bouches-du-Rhône I – Rapport de présentation. Novembre 2008 », PDPFCI.

Le climat, chaud et sec l’été et par moment venteux, le relief, la nature de la végétation sont bien entendu les causes premières facilitant la propagation du feu.

Ces causes naturelles sont aggravées par le changement climatique et d’autres facteurs humains, comme la dissémination de l’habitat dans ou en limite de zones forestières, la déprise agricole et pastorale (encore que les pratiques d’écobuage, dans certaines régions, étaient également un facteur déclenchant).

La forêt, et particulièrement la forêt de résineux, constitue un combustible potentiel, mais encore faut-il un événement de mise à feu. Une très grande majorité des feux de forêt sont d’origine humaine.

Dans le PDPFCI cité, on peut lire « L’homme est à l’origine de la quasi-totalité des départs de feu, de manière accidentelle, par imprudence ou par malveillance. » (p. 11). Ou encore « La quasi-totalité des départs de feu est d’origine humaine, directe (volontaire ou non) ou indirecte. L’essentiel de ces feux se déclarent sur ou à proximité immédiate des zones de concentration et fréquentation humaine (essentiellement habitat, réseau routier et zones d’activité), ainsi que des équipements publics (lignes électriques, lignes ferroviaires, décharges…). »

Dans le dossier de l’ISTREA déjà cité, on peut lire : « Les interfaces habitat-forêt s’étendent, car elles sont attractives sur le plan du cadre de vie. Mais en comparant l’historique des départs de feu et la dynamique des interfaces habitat-forêt, on observe une concentration d’éclosions plus importante dans ces interfaces (surtout de type habitat isolé ou groupé, ayant le plus de contact avec la végétation naturelle). Les accidents et autres imprudences sont la plupart du temps en cause : chaque année, environ 500 000 ha sont détruits par les feux de forêt méditerranéenne, dont 90 % sont d’origine humaine et démarrent dans les interfaces [habitat-] forêt. » (Les 500.000 ha concernent tout le pourtour méditerranéen).

Les données sur les incendies de forêt dans la zone méditerranéenne française

Nous disposons d’une source inestimable : Prométhée. Comme on peut le lire sur la page d’accueil de son site : « Prométhée est la base de données officielle pour les incendies de forêts dans la zone méditerranéenne française ».

Cette base de données nous permet actuellement d’accéder à la liste des incendies, de début 1973 à fin 2016. On peut filtrer pour avoir les données en fonction de la période, des lieux (région, département, commune)… et on peut télécharger ces données sous forme de fichier au format CSV que l’on peut ensuite exploiter avec son tableur.

Nous avons pu, grâce à cette base de données, élaborer quelques graphiques sur la période 1973-2015 que nous présentons dans ce qui suit.

Quelle évolution dans le temps ?

Un premier graphique nous montre l’évolution du nombre de feux de forêt en région PACA de 1973 à 2015.

FeuxPaca

Le deuxième graphique concerne le massif de la Montagnette pour la même période.

FeuxMontagnette

Pour PACA, on note une tendance globale à la diminution du nombre d’incendies. Les années 1978 à 1990 ont vu un nombre très important d’incendies et 2001 et surtout 2003 (l’année de la canicule) ont vu de nouvelles pointes. La dernière décennie (2006-2015) marque une baisse très nette, même si les chiffres de 2015 et 2016 montrent une remontée.

Pour le massif de la Montagnette, la tendance globale est également à la baisse. Le principal pic se situe autour des années 1980 et des pics moins importants entre 2001 et 2005. On note des années sans incendie.

Pour bien situer ces graphiques, on doit rappeler et comparer les valeurs de surface forestière en PACA et sur la Montagnette.

  • Région PACA : 1 544 000 ha
  • Montagnette : 4 000 ha

La superficie forestière de la Montagnette représente 0,26 % de celle de la région PACA.

Qu’est-ce qui peut expliquer la baisse globale du nombre d’incendies ?

Deux facteurs principaux expliquent cette baisse : les mesures préventives d’une part et les moyens de lutte d’autre part.

Concernant la prévention, il ne s’agit pas ici de détailler toutes les mesures, on se rapportera au document PDPFCI déjà cité, partie 2, pages 29-63. Citons néanmoins les actions de surveillance (postes de vigie, patrouilles terrestres, survols) les actions d’information et de sensibilisation du public, les actions et obligations de débroussaillement.

À titre d’exemple, sur le site de la mairie de Barbentane, on trouve une page sur « Les obligations légales de débroussaillement » avec des liens et documents à télécharger.

L’important est d’abord de prévenir les départs de feux et d’arrêter le plus tôt possible les feux déclarés.

Concernant les moyens le lutte, on pourra consulter le site du Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône, SDIS 13.

On y trouve en particulier, pour les années récentes, des comptes rendus détaillés et très intéressants sur les interventions, par exemple concernant l’incendie du 15 septembre 2010 à Barbentane sur lequel nous reviendrons.

Les incendies dans la Montagnette

Nous en venons maintenant au cœur du sujet principal du présent texte, le cas de la Montagnette.

La surface forestière dans la Montagnette

Le massif de la Montagnette est situé sur quatre communes et la surface forestière totale est de 4.000 ha comme déjà signalé. Elles se répartissent de la façon suivante.

SurfaceForestierCommune

La forêt de Barbentane couvre un peu plus de 33 % du total, Tarascon et Boulbon sont à un peu plus de 27 % et Graveson à moins de 12 %.

Sources

Les chiffres de la surface forestière par commune proviennent du document Syndicat intercommunal d’étude et de réalisation en vue de la mise en œuvre du PIDAF de la Montagnette, page 2.

Les graphiques qui suivent proviennent tous de traitements de données extraites de la base de données Prométhée déjà présentée.

Pour la surface forestière de la région PACA, nous nous sommes appuyés sur les chiffres donnés dans La Feuille de l’inventaire forestier IGN, avril 2016 : Portrait forestier des treize régions métropolitaines, page 3.

Le nombre de feux selon les communes de départ

NombreFeux

La prédominance de Barbentane est encore plus forte pour le nombre de départ des feux. Si la surface forestière de la commune représente 33 % du total de la Montagnette, on y dénombre 51 % des départs de feux.

Le nombre d’hectares parcourus en fonction de la commune de départ de feux

HectaresParcourus

Ici, la part de Barbentane est encore plus écrasante : plus de 96 % de la surface parcourue par le feu correspond à des incendies partis de Barbentane.

Synthèse

Les deux graphiques suivants mettent en relation le nombre de feux, puis la surface parcourue avec la surface forestière pour chaque commune.

SurfaceForestiereNombreFeux

HectaresParcourus100ha

Si l’on considère les feux ayant parcouru plus de 10 ha, on note les cas suivants

  • Graveson : un seul. 21, 60 ha le 11 août 2001
  • Tarascon : aucun
  • Boulbon : un seul. 18 ha le 1er août 1989
  • Barbentane : sept.
    • 31 ha le 31 août 1980
    • 180 ha le 21 août 1981
    • 12,5 ha le 7 novembre 1981
    • 15 ha le 4 décembre 1981
    • 15,2 ha le 19 juin 1982
    • 2.011 ha le 7 juillet 1982
    • 12 ha le 5 octobre 1989

La très grande prépondérance de Barbentane s’explique par l’incendie criminel du 7 juillet 1982 parti de Barbentane et qui s’est propagé jusqu’au sud de la Montagnette et a parcouru plus de la moitié de la surface forestière du massif ! À lui seul, il est responsable de près de 87 % de la surface parcourue par les incendies partis de Barbentane.

Néanmoins, les quelques chiffres cités ci-dessus montrent que la commune reste en tête. D’ailleurs, si l’on ne tient pas compte de cet incendie, le nombre d’hectares parcourus par le feu au départ de Barbentane tombe à 312,5 mais représente encore 78,13 % du total (au lieu de 96,37 %).

Il faudrait rechercher les causes de cette prédominance de la commune de Barbentane. Nous ne prétendons pas le faire. Nous ne pouvons que faire quelques remarques :

  • Barbentane se trouve en bordure nord du massif de la Montagnette et donc, avec le Mistral, un feu parti de Barbentane se propagera plus facilement dans le massif.
  • Compte tenu de la remarque ci-dessous et vu que certains incendies sont d’origine criminelle, les incendiaires auront plus tendance à agir où ce sera plus “efficace”.
  • Barbentane est la commune où l’habitat est le plus développé à l’intérieur du massif.

L’incendie du 15 septembre 2010

Il nous semble intéressant de revenir sur ce cas. D’abord parce que nous disposons de sources précise à son sujet, comme déjà signalé, sur le site du SDIS 13. On trouvera également un compte rendu en ligne sur le site du Dauphiné « Feu de forêt : deux hectare carbonisés » et sur la suite de cet incendie « Les gendarmes mettent le site « sous une surveillance régulière » »

Nous allons largement citer ces comptes rendus.

Dans le Dauphiné : « “On a eu beaucoup de chance.” Une phrase que de nombreux sapeurs-pompiers ont répétée hier une fois l’incendie maîtrisé aux environs de 18 h.»

Sur le site du SDIS, des explications sur les circonstances de l’incendie et les risques de conséquences d’une éventuelle propagation de l’incendie.

« Il est un peu plus de 16 h 30 dans le nord du département, lorsqu’un feu se déclare en bordure du massif de la Montagnette, secteur des Fourches, commune de Barbentane. Poussé par un vent violent, il risquait de se propager aux habitations situées d’est en ouest de la montagnette. […]

Afin d’éviter que le feu ne se dirige vers un secteur comprenant une maison de retraite et de nombreuses habitations, il a été demandé au Dash de poser une ligne de retardant. Ce largage a permis de limiter la propagation sur le flanc droit. »

Comme on le voit, l’urbanisation d’une partie de la Montagnette, sur la commune de Barbentane, constitue un facteur de risque extrêmement important.

Par chance, en dépit du vent, les circonstances n’étaient pas des plus défavorables :

« La faible surface brûlée 1,5 ha (pour 2 parcourus et plus de 50 ha menacés) s’explique d’une part car les végétaux étaient encore imprégnés de l’eau tombée lors de l’épisode pluvieux de la semaine précédente. D’autre part, hors la zone du départ, le feu qui intéressait une forêt de pins de 15 à 20 m de haut e[s]t resté dans le sous-bois sans toucher la cime des arbres. Ceci explique une vitesse de propagation peu rapide. »

Néanmoins, des moyens très importants ont été mis en œuvre et les services de secours ont fait preuve d’une grande efficacité. 4 bombardier d’eau ont effectué 3 passages chacun, précédés par un largage de produits retardant. 150 sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse, une cinquantaine d’engins. En langage SDIS : « 10 GIFF, 1 Dash et 4 canadairs ont été engagés. ». GIFF = groupe d’intervention feux de forêts.

Le compte rendu du SDIS note également : « Cette zone a déjà fait l’objet de 3 mises à feu au mois d’août. Autant dire qu’une enquête a été ouverte pour déterminer l’origine de l’incendie. »

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Plus ou moins d’incendies dans la Montagnette que dans la région PACA ?

Dans les média, on entend rarement parler d’incendies dans la Montagnette. En effet, comme on l’a déjà évoqué, il s’agit d’un tout petit massif forestier de 4.000 ha et les incendies n’y ont pas le caractère spectaculaire d’incendies comme, en 2016, celui de Fort McMurray, au Canada, qui a dévasté des centaines de milliers d’hectares, ou ceux qui ont frappé la Californie ou, plus près de nous, les 40.000 ha au Portugal et les plus de 3.000 ha consumées le 10 août 2016 au nord de Marseille.

On aurait presque l’impression que la Montagnette est un petit paradis à l’abri du feu.

Néanmoins, nous nous sommes posé la question suivante : si l’on tient compte de la surface forestière dans l’ensemble de la région PACA et dans la Montagnette d’une part et des hectares parcourus par le feu entre 1973 et 2015, est-ce qu’il y a plus ou moins de surface brûlée dans la Montagnette ?

Voici un petit tableau et deux derniers diagrammes pour tenter de répondre à cette question.

 

Surface forestière (ha) Nombre de feux de forêt Hectares parcourus par les feux de forêt Nombre de feux/1000 ha Hectares parcourus par les feux de forêt/100 ha
Région PACA

1 544 000

35 220

305 513

22,81

19,79

Montagnette

4 000

149

2 411

37,25

60,28

HectaresParcourus100PacaMonjtagnette

La proportion est trois fois plus importante dans la Montagnette : pour 100 ha de forêt, un peu plus de 60 ont été parcourues par le feu sur la période 1973-2015 contre 20 pour l’ensemble de la région PACA. Quand on y réfléchit, cela n’est guère étonnant : l’incendie du 7 juillet 1982 avait, à lui seul, parcourus plus de 50 % de la surface forestière de la Montagnette.

Si l’on considère, maintenant, le nombre de feux de forêts rapportés à 1.000 ha de forêt, toujours sur la période 1973-2015, les chiffres de la Montagnette restent nettement supérieurs à la moyenne régionale, bien qu’en proportion moindre

NombreFeux1000

Les anciens ne s’y trompaient d’ailleurs pas. Mes grands-parents maternels qui habitaient la partie basse du quartier de la Fontaine, à Barbentane, étaient installés au rez-de-chaussée de leur maison, mais montaient régulièrement leurs meubles à l’étage quand le Rhône débordait avant son endiguement. Ils vivaient avec ces inondations qui, par ailleurs, amendaient leurs terres. Ils considéraient, par contre, qu’ils n’avaient aucun moyen de maîtriser le feu qu’ils redoutaient plus que tout.

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